BAOBAB: extrait n°2

"Attention! Le présent chapitre heurte la sensibilité. Destiné à dégoûter d'eux-mêmes les touristes sexuels pédophiles, il est le théâtre de la cruauté justifiée par le fric. C'est le seul chapitre écrit dans ce style. L'horreur absolue décrite de façon badine me paraît plus insupportable que les assauts d'hémoglobine." (Note de l'auteur) 

XXI. « Chroniques d'un monstre ordinaire » 

Rémi n'avait dormi que quelques heures marquées de soubresauts, oscillant entre l'épuisement qui endort et l'angoisse qui éveille?Il était profondément inquiet pour Sandianna. Oh! S'il pouvait mourir en guise de sacrifice, pour la sauver. Ou mourir encore, mais parce qu'elle n'était plus. Puis la raison lui conseillait de vivre jusqu'au dernier souffle d'espoir, pour elle, pour lui parce que pour elle. Et ces épaules qui le tiraillaient, ce cou qui pesait des tonnes! 
Le soleil se levait. 
La lumière passait au dessus de la porte de métal sur une hauteur de dix centimètres et au dessous sur deux centimètres. 
Rémi entendit des voix qui approchaient. 
La porte s'ouvrit, laissant le passage à Fernand Piton et Quasimodo. Celui-ci déposa un bol de café et un morceau de pain près du jeune médecin entravé. Rémi tourna la tête comme il put et les regarda d'un air incrédule, celui de la haine masquée et de la supplication refoulée. 
- Détache le, Idrissa, dit Piton à Quasimodo après trente secondes interminables de contemplation cynique. 
- Héhé! Fit Idrissa. 
Il assit Rémi brutalement et défit les menottes. En voulant repasser les mains devant son buste, celui-ci ne put retenir un cri de douleur. C'était comme s'il voulait déplacer des bras de béton avec des épaules déboitées. 
- On revient dans dix minutes, dit Fernand. Si tu n'as pas mangé, tu viendras à vide. 
Ils sortirent. 
Rémi avança les bras millimètre par millimètre tout en les faisant pivoter avec une lenteur épuisante. Quand enfin il put regarder ses mains, elles tremblotaient. Il prit le crouton de pain avec ses gants de boxe invisibles et le porta doucement à sa bouche. Il mordit dedans avec des dents de coton. Ses épaules lui avaient fait oublier sa mâchoire endolorie. Il mâcha lentement. La salive venait laborieusement. Il réussit à avaler. La boulette sembla mesurer la longueur de son œsophage dans la douleur. Il laissa tomber le pain. Un picotement qu'il savait salvateur commença à fourmiller dans ses doigts. Bientôt, après la souffrance du sang retrouvé, il pourrait boire son café. Sandianna! Que faisait-elle? Sauve-toi! Hurlait-il dans sa tête. Rester concentré, s'appliquer dans l'action, même ralentie. Pour l'instant, vivre, c'était ça. Il put appréhender son bol de café. Il but une gorgée avec les gestes d'un paresseux, Unau plutôt que Aï, deux doigts plutôt que trois et une lenteur désespérante. Le café était tiède mais il avait bon goût. Roulement de tambour mental, tenir le bol d'une seule main, attraper le crouton de l'autre, tremper, savourer en inspirant lentement, profondément, les yeux mi clos. Vivre! Oh oui vivre, plus lentement que jamais, savourer le présent comme un lendemain miraculeux. La porte s'ouvre. 
- Allez fumier! On va voir le boss, dit Fernand. 
- Héhé! Fait Quasimodo. 
Le cerbère attrape Rémi par le col et l'aide à se redresser en l'étranglant à moitié. Comme la douleur à l'épaule s'est estompée le jeune homme s'aperçoit qu'il a mal partout. Ça vient des coups de la veille et de la nuit tordue. Idrissa le pousse devant lui en maintenant sa poigne sur la chemise. Les jambes flottent un peu mais elles avancent. Dehors la lumière papillote. Elle entre dans le crâne comme un couteau et s'installe en migraine sourde. 
Ils conduisent Rémi dans un vaste bureau. Sylvio Firenzi est assis dans un fauteuil, un lecteur dvd et une bière à ses côtés. 
- Assied toi! Dit Sylvio. Idrissa lâche le! 
Rémi se maintient au dossier d'un second fauteuil et s'y laisse choir. 
- Tu m'emmerdes toubib! Dit Sylvio. Il me semble te l'avoir déjà dit. Bon! Je vais te montrer des films qui vont t'aider à comprendre le camp et la vie des vainqueurs. Après, on verra. 
Le propos de Firenzi n'envisage aucune réponse. Rémi reste silencieux. Le fauteuil est à la fois ferme et confortable. La douleur y est moins saillante, comme planifiée. 
Fernand et Quasimodo sont sortis. 
Sur l'écran, un type, assez jeune, trente ans peut-être, genre gros catcheur en treillis, crâne rasé, pose sur le dos d'un éléphant mort. Puis il descend, attrape la trompe de l'animal comme un micro et se met à chanter « Be bop a Lulla » d'une voix fausse et nasillarde en agitant ses hanches lourdingues. 
- Ça, c'est Otto, l'autrichien, dit Firenzi. Un fidèle des fidèles. C'était aux débuts du camp, il y a dix ans. 
Rémi se tait. Les images s'enfoncent. Il y a ripaille autour du pachyderme, un beau mâle, les défenses, qui ont du être superbes, innocemment couchées dans la poussière. Otto commence à couper la tête en riant avec un couteau de chasse. Il arrête, suant et titubant, prend une bière. Un Sylvio, plus jeune et moins rondouillard qu'aujourd'hui ordonne à un jeune malien musclé répondant au doux nom de Négro de finir le travail. Celui-ci s'empare d'une tronçonneuse. Le sang gicle, la tête vacille et se couche au dernier lambeau. Des hommes l'emportent dans une bâche. Le corps sans tête de l'éléphant a un regard étrange, songe Rémi. 
On passe à la suite. Un décor d'orgie romaine. On rit, on boit beaucoup, on mange sur des divans. Des hôtesses torse nu et pagne multicolore apportent les plateaux chargés de mets. Les convives renversent beaucoup. Des soubrettes, tablier blanc, hauts talons et fesses à l'air passent régulièrement le balai. Rémi ne peut s'empêcher de trouver tout ça excitant. Sur la scène en arrière plan de la salle de restaurant, un spectacle de danse et striptease commence. Paradoxalement, la chair y est moins aérienne et plutôt redondante. Rémi a horreur des spectacles mêlant les strings, les plumes et les formes mises en pâture aux regards lubriques. Otto monte sur la scène. Il embrasse à pleine bouche, pince les seins, met les mains dans les culottes, brutal, vulgaire. D'autres clients se mêlent au jeu. Otto descend du plateau, attrape une soubrette, la fait mettre à quatre pattes et lui met le manche du balai dans le cul. Elle crie, il part d'un rire gras. Un grand type élégant apporte un verre à Otto et le détourne vers d'autres jeux. Il revient vers la soubrette qui pleure et tremble sur les coudes et les genoux. Il retire le balai dont le manche est rougi, redresse la femme, fermement mais sans brutalité et l'emmène. 
- Ton prédécesseur Toubib, dit Firenzi à Rémi visiblement dégoûté. J'adore mes films. C'est bandant, tout ce bonheur donné aux gens. Mère Térésa, l'Abbé Pierre, ils devaient ressentir la même jouissance. Ils donnaient aux pauvres, je donne aux riches. Ça équilibre l'humanité. Évidemment, il y a de la casse. On fait pas d'omelette sans casser des œufs, chez les pauvres comme chez les riches. 
- Le bonheur, c'est pas pour les hôtesses! Elles sont payées pour se faire démolir? Demande Rémi. 
- T'es toujours aussi gonflé, toi, malgré ta situation. Mais détrompes toi. Ces négresses, je les ai sorties de leur misère. Elles sont nourries, logées, blanchies. Héhé! Je devrais dire noircies et elles touchent un smic africain qu'elles envoient à leur famille. Mais elles ne demandent jamais à retourner dans leurs huttes. D'ailleurs elles se feraient massacrer par leurs frères si leur gagne pain était connu. Elles sont donc plus heureuses ici et les accidents sont plus rares qu'il y paraît. Ouais! Et en plus je les éduque. Elles apprennent l'anglais, l'hôtellerie, la danse. 
- Elles sont jeunes! Dit Rémi. 
- Non, celles-là sont adultes. En Afrique, on est adulte plus tôt. Mais on a aussi des enfants, tu verras ça après. On ne peut rien cacher à un sursitaire. 
Il reprit la projection. 
Dans une salle de classe, une douzaine de fillettes de huit ans environ répètent « number one is a duck » devant l'image d'un canard pointée par la férule d'Esméralda, la sorcière blonde que Rémi a déjà rencontrée au début de son expédition désastreuse. 
- Carla ne leur apprend pas que l'anglais, dit Firenzi. Avec ses deux assistantes, qui ont elles-mêmes été formées au parc, car je pratique aussi la promotion interne, elle leur enseigne la cuisine, le ménage, la décoration, le maintien. Les petites font également de la danse et de la natation, ce qui leur donne un corps de rêve et beaucoup de grâce. L'éducation, pour moi, c'est de l'art. « Mens sana in corpore sano », ils l'ont rêvé, je l'ai fait. Firenzi s'enfile une longue gorgée de bière. Je ne suis pas aussi primaire que tu pourrais croire. Et cerise sur le gâteau, à une éducation raffinée, j'ajoute une libération sexuelle totale. Elles sont bien préparées avant d'être dépucelées et sûrement moins traumatisées que bien des jeunes mariées dans les sociétés de culs bénis. L'enseignement dure deux ans. Le dépucelage vient après. Par les clients. C'est Otto qui m'a donné l'idée. Et ça marche. J'ai quarante pour cent de mes chasseurs qui sont intéressés. Bon! On fait pas de l'offre ouverte, faut être discret. Certains ont une morale archaïque. Ils ne se rendent pas compte qu'avec une bonne éducation, on peut tout faire, proprement. D'autres y viennent progressivement. On leur rajeunit les cadres à chaque tirage. Ils finissent par demander de la vierge. Mais ça leur coute vraiment très cher, on doit cibler. Moi-même j'ai fini par m'y mettre, sous la pression d'Otto. Mais, seulement une fois par an, pour mon anniversaire. Faut pas gâcher une marchandise hors de prix. C'est délicieux! Comme des ortolans. 
Des petites filles nues nagent dans une piscine. Elles sont une douzaine. Carla donne des consignes, un bâton à la main. Vêtue d'un seul slip de bain, elle est osseuse, charpentée comme un homme mais arbore une poitrine orgueilleuse et encore bien maintenue. Son visage, taillé à la serpe n'est pas laid; Il n'a pas cette douceur dite féminine mais n'a rien non plus de masculin. Elle a les yeux bleus des femmes du nord. Il n'y a ni tendresse ni mystère dans le regard, métallique et pragmatique. Plus loin, Quasimodo, Bill l'Irlandais et deux superbes filles plaisantent bruyamment. Tous en slip de bain. 
La leçon de natation est terminée. Ils entrent tous dans une salle de douche collective. Les adultes enlèvent leur maillot. 
- Les élèves sont en deuxième année, dit Sylvio. 
- Leur maturité est évidente, ricane Rémi; 
- Ta gueule! Dit Firenzi. Tu veux une bière? 
- Non! 
Firenzi prend une cannette dans un mini bar à côté de lui. 
Sous la douche, les hommes savonnent les filles, petites et grandes. On rit beaucoup. Certains rires paraissent empruntés. Une des assistantes se met à quatre pattes. Quasimodo à genoux la prend par derrière. Billy accroupi se tient à la chevelure fournie de la jeune femme, présentant en offrande à des lèvres pulpeuses son sexe monstrueux. Carla, toujours munie de sa baguette fait mine de fouetter l'attelage. La seconde assistante organise une ronde autour de la scène. On chante « Meunier tu dors ». Bill qui s'est relevé de sa position inconfortable simule avec sa queue la rotation des ailes du moulin. Au troisième « ton moulin, ton moulin va trop vite, ton moulin, ton moulin va trop fort », il éjacule aspergeant de son sperme deux ou trois fillettes qui s'enfuient en criant et en riant de frayeur. L'assistante a lancé un autre jeu: « Loup! Loup y es-tu? ». Carla fouette vraiment et sans rire Idrissa qui s'est soulagé dans la jeune assistante. 
- Haha! Carla est frigide et jalouse, s'esclaffe Firenzi. Elle veut garder la maîtrise du plaisir de son singe. C'est comme ça qu'elle l'appelle parfois. Faut pas s'y fier. Ils sont très liés. C'est un tandem redoutable. Elle me respecte. Peut-être même qu'elle m'aime, à sa façon. Je lui ai apporté tout ce qu'elle désirait pour s'accomplir et s'affirmer, y compris le singe. Lui, il obéit. A elle d'abord, à moi ensuite. Donc à moi avant tout. Billy the bite, lui, c'est un mercenaire. Tant qu'il est payé et qu'il prend son pied, il reste fidèle. Il n'a pas le droit de sauter les petites. Son prédécesseur a essayé. Après qu'il ait subi le bâton de Carla et les poings d'Idrissa, je l'ai fait jeter aux hyènes. Ah oui! Il faudra que je te montre ça, la fosse aux hyènes. J'ai emprunté ça au film « Les vikings » de Richard Fleischer. Ça donne des idées, d'être cinéphile. T'entends les bêtes affamées qui gueulent et tu les vois au fond du trou, les crocs en avant et la bave aux babines. Puis d'un coup de lance dans les reins tu fais tomber dans la fosse le fumier de condamné. Et c'est la curée. Le mec, il hurle. T'entends les os broyés par les mâchoires qui résonnent dans ta tête plus que les hurlements. Si le type a de la chance, y en a une qui le chope à la gorge et il souffre pas longtemps. Sinon, t'as l'impression que les hurlements durent une éternité. Pourtant c'est rapide. Bref et intense. Je dirais jouissif. Peut-être parce que ça fait pénétrer dans notre tête la valeur de nos os ou de notre peau et la fragilité d'une vie. Après y a plus que l'horrible bruit de la mastication et quelques grognements. Comme un silence qui pue. 
Là dessus, Sylvio boit un long coup de bière. 
Le pire songe Rémi, c'est qu'il a un côté sensible, pas vraiment sentimental mais sensible. 
Sur l'écran, tout le monde se rhabille. 
- Les deux auxiliaires, poursuit Firenzi, elles sont belles hein! C'est des super salopes. Pas cons du tout. Je les ai rencontrées sur un trottoir, à Paris, après une bringue. A deux sur ma peau, le coup de ma vie. Je les ai rachetées à leur maquereau. Cher! En fait non, parce qu'elles sont hyper rentables. Enseignantes de jour, danseuses du soir, salopes de nuit. Elles, elles sont payées, comme des putes, et elles ont le droit de sortir du parc pour les vacances comme tous les gens fiables ici. De toute façon, si elles veulent me baiser, j'ai mes limiers et après, y a les hyènes. Elles le savent puisqu'elles ont été trois un moment. Et elles ont vu. Une gonzesse aux hyènes, c'est dégueulasse. Ça crie même pas. Tétanisée qu'elle était, aucun son. Seulement les os broyés, les grognements et la mastication. Dégueulasse! 
Firenzi reprend une bière comme pour faire passer le mauvais goût de ce souvenir. 
- Toujours pas? Demande t-il en tendant une cannette à Rémi. 
- Non! Pourtant le jeune homme a la gorge sèche. Mais la nausée a englouti une sorte d'excitation malsaine. 
Firenzi zappe avec la commande. 
- Changement de disque! Maintenant tu vas voir pourquoi tu es ici, dit-il à Rémi. Je filme tout mais ils n'en savent rien. 
Otto, plus âgé de dix ans, est dans sa suite. Assis sur un canapé, il boit le champagne avec une superbe hôtesse dénudée. Il porte un pagne sous son ventre bien gras. Il se penche sur sa compagne, lui verse du champagne sur le sein qu'il suce ensuite avidement. Il se vautre sur elle, la tripote brutalement. Quelque chose ne va pas. La femme le caresse sur le ventre, sur les cuisses et passe la main sous le pagne. Otto s'énerve. Il la dirige vers le lit, la fait mettre coudes sur l'oreiller, les fesses en buse. Il arrache son pagne. Son sexe pendouille. Il le frotte sur le cul de l'hôtesse. Rien à faire. Il éructe, insulte la femme, pointe le doigt vers la porte et baragouine quelque chose dans un anglais rugueux. La dame sort rapidement en attrapant un boubou de tissu au passage. Cinq minutes plus tard, une petite fille entre dans la chambre. Otto qui a remis son pagne autour des reins sourit. Il prend la fillette qui est venue l'embrasser comme elle aurait dit bonjour à un vieil oncle et la pose sur ses genoux. Il lui caresse les cheveux avec une délicatesse inattendue. Il lui parle à l'oreille. La petite ne semble pas comprendre. Il lui prend la main et la glisse sous son pagne. La fillette semble tétanisée. Il s'énerve. Il lui arrache sa jupette blanche. Elle se retrouve en teeshirt bleu ciel. Elle n'a pas de culotte. Il l'attrape par les reins et la frotte sur son gros sexe mou. Toujours rien. Il lui prend les cheveux et fourre son visage sur ses organes génitaux. Rien de rien. La petite reste prostrée. Il lui tire la chevelure et lui balance un revers de main à travers la figure. Elle tombe à la renverse, la lèvre éclatée, se cogne la tête et pleure. Elle est allongée, les mains sur le visage. Le sang coule entre ses doigts sur le parquet ciré. Son petit corps fait des soubresauts. Otto bande. Il se met à genoux sur le sol, la prend par les hanches, écarte ses fesses avec les pouces et la pénètre sauvagement. Le sang coule. Le porc grogne et ahane. Il la retourne, petite poupée de chiffon sanglant et l'enfile par devant. Il y a beaucoup de sang par terre. Rémi est pétrifié. Les boyaux collés, il n'a rien à vomir, sinon son âme. Firenzi se frotte les couilles et boit un coup. Otto a lâché la fillette. Le sexe à la main, il regarde son sperme gicler. Un sourire béat et gras illumine son visage rouge. Son gros cul grumeleux lâche une pétarade. Il semble alors sortir de sa béatitude, remarque la petite inerte sur le plancher dans une mare de sang, la prend d'un bras sous la taille, ouvre la porte de l'autre main et la jette dehors. Il claque la porte, s'assoit sur le lit et se met à pleurer en astiquant rageusement son sexe redevenu mou. 
- Une brute au cœur tendre dit Sylvio. 
- Ouais! Capable de s'apitoyer...sur son propre sort, dit Rémi. 
Sur l'écran, le grand type élégant de tout à l'heure a revêtu une blouse blanche. Il a endormi la petite et la recoud assisté des deux infirmières. 
- Le salaud! Grommelle t-il. 
Peu après Firenzi entre. Les deux hommes ont des mots puis le calme revient. 
Plus tard, les mêmes sont dans la brousse. Le soir tombe. Il y a aussi Quasimodo, Bill et deux traqueurs. Ils ont fait un feu et font rougir un fer. Le médecin a une corde autour du cou. Bill le maintient à genoux. Idrissa pose le bras droit du Toubib sur un tronc et lui tranche la main d'un coup de machette. Bill cautérise le poignet au fer rouge. Le docteur hurle et s'évanouit. Idrissa attache le poignet gauche à la cheville droite en passant le lien dans le dos et noue la corde qui ceint la gorge à un piquet. Un seau d'eau éveille le médecin qui gémit. Bill le met sur trois pattes et imite un bêlement de chèvre en riant. 
- Le peuple va dans la fosse aux hyènes et les traitres de la haute finissent en appât pour les fauves, dit Firenzi. 
Les traqueurs ont éteint le feu. Les hommes disparaissent. Reste la chèvre au clair de lune. 
Plus tard un lion approche. Ça va très vite. Un bras tronqué s'agite, la tête est arrachée et le festin du roi commence. La pénombre a masqué la terreur de l'homme-chèvre. 
- Voilà toubib! Dit Firenzi. Tu sais tout. Je ne cautionne pas Otto, mais j'avais pas le choix, business oblige. Maintenant on lui mettra du Viagra dans son champagne du soir pour essayer d'éviter ça. Et puis, il ne vient que deux fois l'an, c'est pas la mer à boire. Toi, t'as choisi ton camp, tu seras chèvre. Mais pour l'instant, j'ai besoin de toi, il y a du boulot. La petite a de la fièvre et je veux voir si je peux la conserver. Il faut surveiller l'épidémie éventuelle. Demain, je pars quelques jours en Europe. Je verrai ton cas à mon retour. Si t'as bien bossé, sagement, on te tranchera pas la main. Allez! On y va. 
- Pourrais-je avoir un verre d'eau?

Rédigé par César Lontodiof

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